Nudité dans une performance artistique au Centre d’art contemporain

Mon interpellation concerne une performance artistique au Centre contemporain de l’Hôtel de Ville, un dimanche après-midi. Ce spectacle un peu particulier a choqué un public non averti et plus particulièrement des parents accompagnés de leurs enfants. Le performeur a terminé son spectacle complètement nu en se tripotant le sexe.

Il n’est pas question de savoir si l’on aime ou pas l’Art Contemporain, car il ne s’agit là pas de culture mais bien d’exhibitionnisme devant un public, d’autant plus que les spectateurs n’avaient pas connaissance du contenu de cette performance. Cette démonstration devant des enfants contrevient au règlement de police, voire même pénalement.

Je demande des explications précises quant au choix et au coût de ce spectacle subventionné par la Commune.

M. le Président Stéphane BALET :

Vous avez déposé une interpellation au sens de l’article 65 de notre règlement et vous nous avez donné votre texte muni des cinq signatures ; elle est donc valable.

Mme la Municipale Carmen TANNER :

Voilà, Mme la Conseillère, je dois vous avouer que quand on a fait la répartition des dicastères et que du coup, j’allais avoir le dicastère de la culture, je me suis dit, un jour ou l’autre, je vais avoir à gérer potentiellement une controverse autour d’une démarche artistique. Alors voilà, on y est déjà ! J’étais un petit peu étonnée du coup, que ça vienne déjà en début de législature. Ce qui fait que du coup, ce soir, j’en suis à ma première intervention en tant que Municipale, et je me réjouis de noter ce soir dans mon journal que ma première intervention sera-ce, est donc de parler d’hommes nus et de zizis, voilà ! Mis à part ça, Mme la Conseillère communale, sachez que la Municipale ne nie pas les faits que vous êtes choquée, que des citoyens ont été choqués. Votre Municipalité l’entend.

J’aimerais ici vous apporter quelques éléments de lecture autour de cette controverse. Tout d’abord, un point autour des faits ; un point sur la nudité versus l’érotisme ou la pornographie ; le rôle de l’art ; le rôle de la presse dans cette affaire, et un mot pour conclure. Oui, je ne prends pas souvent la parole, alors du coup, je me suis prévue un petit menu, on va dire ça comme ça. Voilà qui est dit !

Un mot autour des faits, pour vous donner toutes les informations et pour avoir tous les mêmes informations. Ce spectacle a reçu 40 à 60 spectateurs. L’accès était libre. Il était libre aussi de circuler. Le cadre était éclairé. Nous n’étions pas dans une ambiance sombre, pesante. Le spectacle durait une heure, de 17h à 18h. Cela s’est passé durant un weekend de performances entre Orbe, Romainmôtier et Yverdon, de réjouissants liens entre différentes entités culturelles.

Le déroulement de cette performance s’est déroulé comme suit :

Nous étions autour de la thématique de la marche, une performance plutôt physique. Le performer, donc on appelle ça comme ça « un performer », marchait en carré, très vite, oubliant presque des fois son physique, faisant des contorsions. Il était difficile pour les spectateurs de le suivre. On avait parfois mal pour lui. On était dans une sorte d’extrême tension. À un moment donné (rires dans la salle) Alors, je vous le dis tout de suite, je suis persuadée que vous verrez plein de mots… voilà hein ! Ça n’appartient qu’à vous. Bref, au fil de sa marche, ce performer enlève ses vêtements, et tout d’un coup, prend conscience de son corps et s’aperçoit qu’il est nu. Il s’aperçoit de sa nudité, prend son sexe dans la main, en l’apercevant, en se rendant compte de toutes ces parties de son corps, dont celle-ci, et ça s’arrête là !

Et ça s’arrête là, il n’est pas en train de se tripoter. Ce passage-là, cette nudité, la personne était nue pendant deux minutes sur un spectacle d’une heure.

À noter encore que des gens sont partis au début parce que le performer jouait du tambour et que ça raisonnait. Je vous dis tout, hein ! Voilà, on dit tout, on déballe tout. (rires dans la salle) Et ensuite, ah ! Je cherche. Certains sont aussi partis parce qu’à un moment donné, il a mis son pull sur sa tête et les gens n’aimaient pas, enfin voilà, mais très peu. Il y avait une ambiance très conviviale, loin d’une ambiance froide d’un espace contemporain froid qu’on peut retrouver dans la vidéo, je ne sais pas si certains ont vu cette vidéo qui s’est faite dans un espace à Zurich, très pointu, très froid. Il y a eu beaucoup de rires. Il y a eu même un rappel. Rien ne montrait, à ce moment-là, la controverse qui allait sortir de cette salle.

L’équipe a mis en garde, a informé les personnes qui rentraient dans le Centre. La directrice me disait que peut-être certains des collaborateurs/collaboratrices n’ont peut-être pas informé. Il faut dire qu’on arrivait à la fin d’un festival qui se déroulait sur trois weekends, et donc du coup, dernière performance quasiment, une fatigue qui a, peut-être du coup, donné une faille et qui est peut-être un peu trop chèrement payée ici.

Encore une information sur cette performance qui s’est produite dans une dizaine de villes suisses et qu’il n’y a jamais eu de scandale.

Un point maintenant sur la nudité, l’érotisme, la pornographie. Il y a, à quelque part, une gradation au niveau de cette thématique. On pourrait dire une gradation du point neutre à un point plus, plus plus, etc. Il y a le point, je dirais, neutre de la nudité. La nudité, voilà, c’est quelqu’un qui est nu, qui se montre tel qu’il est fait. On passe ensuite au point érotisme. Où là le but c’est de susciter le désir physique. Ensuite, on passe au point pornographie, et là, c’est des représentations à caractère sexuel liées à la reproduction sexuelle. Ici, je me permets du coup, de vous donner ces définitions pour bien poser les choses, on n’est pas dans un caractère d’érotisme, ce n’est pas le but de susciter un désir physique. On n’est pas non plus dans de la pornographie. On est bien dans de la nudité, car cet homme, encore une fois, ne se tripotait pas.

Un point maintenant sur le rôle de l’art. Je crois qu’il est important du coup, d’expliquer peut-être du coup, ce qu’est l’art dans notre société. Tout d’abord, l’art fait naître des réactions, plus ou moins fortes, et cela de tout temps, c’est son rôle de questionner notre société. L’art n’est pas qu’un activateur économique. Ce n’est pas non plus qu’un outil de développement personnel. Il doit interroger les normes, y compris celles de notre goût. L’art est là pour amener du désordre dans nos représentations.

Un deuxième point sur le rôle de l’art autour de la nudité. La nudité est traitée dans l’art depuis l’origine du monde. Cela va des statues grecques, gréco-romaines jusqu’au cinéma, à la BD, à la littérature, au théâtre, etc. Voilà un petit peu pour l’art, le rôle de l’art et de la nudité dans l’art.

Maintenant, un point sur le rôle la presse. Je vous fais un petit point sur l’historique autour de la presse, pour vous expliquer un peu la controverse toujours. Jeudi dernier du coup, un article a été fait par la rédaction suisse alémanique du 20 Minutes, qui a été repris par l’édition romande traduite directement dans la version en ligne. Puis, un papier est sorti, dans le 20 Minutes toujours, le lendemain dans la version romande avec un titre plus ou moins scandaleux « Un homme nu qui se touche devant des enfants à l’Hôtel de Ville ». Voyez du coup, un titre qui appâte à quelque part. Cet article a été repris dans le Matin le samedi et dimanche à Mise au Point dans un tout petit point, on va dire un tout petit point.

J’aimerai vous dire qu’un seul journaliste, le premier, la première, celle de la rédaction suisse alémanique, a contacté la directrice et l’artiste. Puis, les autres journaux ont repris l’article tel quel quasiment, n’ont pas, en tout cas du moins pas, cherché à contacter les personnes qui ont organisé cet événement, et les acteurs de cet événement. Ils citent quasiment à chaque fois la même source, le premier article. Cela pose le constat suivant : qu’il y a quelque part un usage abusif de cette histoire, un montage en épingle, des journalistes qui créent de la peur, où cela a été tourné comme un exhibitionniste qui en a quelque chose contre les enfants. Un constat aussi d’une presse qui repompe les infos des autres, je n’arrive pas bien à me relire, oui, repompe les infos des autres sans contrôler. C’est un contexte alarmant de la presse, alors même qu’aujourd’hui, plusieurs rédactions romandes se voient diminuées dans leur personnel, le contexte devient de plus en plus alarmant.

Les conséquences de cette disproportion au niveau de la presse, j’aimerai ici aussi les aborder car elles ont des conséquences, c’est que l’artiste yverdonnois a reçu des menaces de mort, aussi des réactions en ligne très fortes avec un vocabulaire que j’estime abusif.

Un mot maintenant pour conclure. Je vous invite, Mesdames et Messieurs les Conseillers, si dans un premier temps, vous avez été choqués, je vous invite à relativiser toute cette histoire, car comme je vous l’ai expliqué, un, nous sommes face à un scandale où les réactions sont disproportionnées. Que de deux, nous sommes face à une presse qui a grossi les traits de cette performance. De trois, la nudité est depuis toujours dans plusieurs formes d’expression de l’art. Je vous en prie, ne tombons pas dans le puritanisme.

Et là, j’en viens à peut-être une conclusion un peu plus personnelle, quoique tous mes mots étaient quand même pas mal personnels, mais, celle-ci l’est encore plus. Je vous invite à vous questionner de manière générale. Nous sommes face à un cas où l’homme nu, finalement choque. L’homme. Mais qu’en est-il de tous les corps nus des femmes qui s’exposent partout, dans les journaux, dans les publicités, dans la télévision, etc. Cela ne choque plus personne, et à quelque part, c’est peut-être là où il y a quelque chose à questionner.

Voilà, j’arrive au bout de mon intervention. Merci pour votre attention.

Mme la Conseillère Emilienne WAGNIÈRE :

Alors, j’aimerai dire à Mme TANNER, que moi, la nudité, que l’érotisme, ça ne me dérange absolument pas, d’accord !

Et vous êtes en train de me ridiculiser. La prochaine fois, je prends la vidéo et je la passe que tout le monde la voie, d’accord !

Voilà, et pour le moment, de toute façon, vous ne pouvez pas penser, vous n’avez pas d’enfant que je sache, d’accord ! Alors peut-être si ça vous arrive, et que vous arrivez avec un enfant de 4-5 ans à un spectacle pareil, je ne pense pas que vous seriez contente ! Voilà.

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